Génocide à Gaza : la stratégie de l’enterrement
Laurent Mouloud
L'Humanité du 05 septembre 2026
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| Requiem pour Gaza, Chris Hedges et Joe Sacco, éd. Futuropolis, 160 pages, 24 euros. |
Montrer l’enfer. Briser la chape de plomb. Refuser l’écrasement de tout un peuple sous le poids du silence. Avec Requiem pour Gaza, le célèbre auteur de BD Joe Sacco, accompagné par la plume aiguisée du journaliste Chris Edges, livre un témoignage essentiel sur la situation dramatique dans l’enclave palestinienne. Cet ouvrage, dont nous publions en exclusivité les premières planches, vise à réveiller les consciences, à fixer l’horreur dans les mémoires, à lutter contre la disparition à bas bruit d’une population suppliciée dont les grandes puissances occidentales semblent oublier peu à peu l’existence.
Le prétendu cessez-le-feu d’octobre 2025 n’a pas signé la fin du calvaire des Palestiniens. Il agit comme un paravent pour les autorités israéliennes, qui continuent, en toute impunité, leur politique génocidaire. Depuis cette date, Israël a tué quelque 1 300 personnes et en a blessé plus de 4 100. Il a étendu son occupation jusqu’à contrôler 70 % du territoire de Gaza, continuant d’entraver l’aide humanitaire pour 2 millions de Palestiniens parqués dans un champ de ruines, où ils tentent de survivre, affamés, privés de médicaments, de logement. À Jérusalem-Est, comme en Cisjordanie, les destructions de maisons et la violence des colons s’accélèrent dans un effroyable processus de nettoyage ethnique.
Black-out à l’unisson de l’inaction diplomatique
Ce drame quotidien se déroule depuis des mois dans une indifférence glaçante. Le sort des populations palestiniennes a quasi déserté les sujets de la plupart des grands médias – JT en tête –, qui n’évoquent désormais Gaza, au mieux, que pour relater les derniers pourparlers hypocrites de Donald Trump. Ce black-out est à l’unisson de l’inaction diplomatique scandaleuse des puissances occidentales, coites face à un gouvernement israélien qui veut détruire – et assume de le faire – toute perspective d’État palestinien, en s’exonérant du droit, des décisions de la Cour internationale de justice et des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU.
Benyamin Netanyahou et son gouvernement d’extrême droite ont toujours fait de la maîtrise de l’information l’une de leurs armes favorites. Depuis le début de la riposte à l’attaque terroriste du Hamas, le 7 octobre 2023, plus de 200 journalistes palestiniens ont été tués par l’armée israélienne. Une stratégie assumée visant à masquer l’ampleur des destructions, des crimes de guerre, à faire disparaître des esprits même la réalité de ce peuple, à briser toute empathie et solidarité. Continuer de ne rien dire, reléguer Gaza à un non-sujet, c’est se rendre complice de cette entreprise d’anéantissement.
« La Palestine s’efface sous nos yeux », alertaient, fin août, une centaine d’anciens représentants diplomatiques de la France et du Royaume-Uni qui exhortent, dans une tribune, leurs gouvernements respectifs à agir d’urgence en mettant en place une série de sanctions – de la suspension des accords commerciaux et des livraisons d’armes jusqu’à l’interdiction de tout commerce avec les colonies. Comme vous le verrez dans ces pages, pour Joe Sacco et Chris Edges, cette résistance passe également par la préservation de la mémoire palestinienne. Les dessins et les mots comme rempart à l’oubli.
C’est avec ce même désir de mieux vous informer et d’aiguiser les esprits que nous avons quelque peu remanié votre Humanité magazine. Vous découvrirez dans ce numéro une séquence culture enrichie et nos nouvelles pages Agora, consacrées aux grands débats du moment et à la confrontation d’idées en cette année présidentielle. Un magazine engagé, qui ne se résoudra jamais au silence complice face aux malheurs du monde.
