GREVE à France Inter les 13 et 14 septembre

Publié le par FSC

Margot Bonnéry
Catherine Attia-Canonne
L'Humanité du 04 septembre 26

 
 

 

Consciente de la colère qui anime les salariés, la direction de Radio France a interdit l’entrée des journalistes syndiqués au sein de la conférence de rentrée située au studio 105.
© Fred MARVAUX/REA

 

Lors de la conférence de rentrée ce 3 septembre, la direction de Radio France a tenté de réduire au silence la colère des journalistes de France Inter face à l’arrivée du directeur adjoint de Valeurs actuelles à l’antenne de la radio publique. Les salariés se mettent en grève les 13 et 14 septembre pour défendre leurs ondes et la notion de pluralisme.


Comme aux Césars, chacun s’attendait à ce qu’un syndicaliste surgisse sur scène pour dénoncer l’arrivée de Charles Sapin, directeur adjoint de Valeurs actuelles, à l’antenne de France Inter. Mais la conférence de rentrée annuelle de Radio France, à laquelle l’Humanité a pu assister ce jeudi 3 septembre au soir, s’est déroulée comme la direction de Radio France l’espérait, sans débordements. Hors de question pour Sibyle Veil, sa présidente, et Céline Pigalle et Vincent Meslet, la directrice et le numéro deux de France Inter, de dévoiler leurs failles aux confrères venus d’autres médias.


Pour les journalistes de Radio France, la direction a dépassé une ligne rouge en confiant une mission d’éditorialiste au directeur d’un hebdomadaire condamné notamment pour injures racistes. Réunis en assemblée générale le 2 septembre, ils ont lancé un appel à la grève les 13 et 14 septembre prochains. Interpellée par l’Humanité, Céline Pigalle n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet.


Consciente de la colère qui anime les salariés, la direction de Radio France a interdit l’entrée des journalistes syndiqués au sein de la conférence de rentrée située au studio 105. Malgré cette volonté de les réduire au silence, les journalistes du groupe se sont réunis devant la Maison Ronde pour interpeller les invités et leur remettre un tract signé de l’intersyndicale concernant ladite grève. L’ambiance est électrique.

Le service public appartient à tout le monde


Ce 3 septembre au matin, « nous avons passé une heure en réunion d’équipe avec Céline Pigalle, mais elle n’a pas flanché, pas bougé d’un iota sur Sapin », nous confie un salarié du groupe au milieu d’agents au polo floqué « Sécurité privée ». « Peut-être qu’il arrêtera son édito, car il n’est pas facile de travailler dans ces conditions : il sait qu’il n’est pas le bienvenu. Mais la direction ne fera pas marche arrière sur son recrutement », poursuit le syndicaliste.


C’est en effet ce que Vincent Meslet a laissé comprendre aux journalistes dans une lettre interne envoyée ce 3 septembre, que l’Humanité a pu consulter. Ses mots donnent le sentiment de minimiser l’avis des journalistes, de les infantiliser et de culpabiliser tout salarié s’opposant à l’arrivée de la fachosphère sur les ondes. « Le procès fait à Charles Sapin repose sur des intentions supposées, non sur des faits, des actes ou des chroniques précises. Ses nombreuses interventions dans des débats comme invité sur nos antennes ces dernières années n’ont jamais posé de problèmes », tente de se justifier Vincent Meslet dans le courriel. Pour lui, l’homme d’extrême droite a fait l’essentiel de sa carrière au Parisien, au Figaro et au Point, sans qu’aucun écrit moralement critiquable n’ait été porté à sa connaissance.


À l’intérieur de la Maison de la Radio, la salle est comble. La lumière diminue en même temps que Sibyle Veil entre en scène. La directrice du groupe annonce d’emblée qu’elle a une liste à énumérer : Alain Finkielkraut, Merwane Benlazar, Camille Vigogne Le Coat, Guillaume Erner, Sophia Aram, Charline Vanhoenacker, Karine Bécar, Améziane, Marie de Brauer, Frédéric Martel, Mahaut Drama, Frédéric Fromet, Nora Hamadi, Patrick Cohen.


« Non, ce n’est pas la liste des nouveautés de la saison, prévient Sibyle Veil. C’est une liste non exhaustive des gens dont on m’a demandé la tête depuis que je préside Radio France. Si j’avais fait droit à chaque demande, je ne suis pas sûre qu’il y aurait eu grand monde ce matin à l’antenne. » Le message est clair : pour la direction, le pluralisme doit être respecté. En pactisant donc avec l’extrême droite raciste ?


« Je comprends que l’on s’emporte, ajoute Sibyle Veil au micro de la conférence de rentrée. Car le service public appartient à tout le monde. Mais il n’est pas un champ de bataille. Il n’est pas non plus un champ neutre et aseptisé. C’est une maison ouverte, indépendante et impartiale qui fait tenir ensemble, sur la même antenne, des gens qui ne pensent pas la même chose, à l’image de notre pays. » La petite différence, c’est que certains propos tenus dans Valeurs Actuelles ne relèvent pas de l’opinion, mais du délit.


La patronne de Radio France a longtemps insisté sur le fait qu’à cette conférence, tout le monde a pu « passer une bonne soirée ». Dans la salle, beaucoup ont compris cette phrase comme une comparaison entre la programmation de l’antenne de France Inter avec un dîner de samedi soir en compagnie du tonton raciste. Celui avec qui l’on se chamaille, mais qui reste de la famille, donc la soirée se déroule tout de même bien.


Sauf que non. Même à un repas de famille, chacun est libre de parler à la suite d’un propos offensant. Et Radio France n’est pas une famille, mais une entreprise qui a le droit de licencier, ne pas renouveler des postes, et de faire taire ses employés, en particulier les voix de gauche. Et qui doit surtout respecter son cahier des charges, qui lui impose notamment la notion de pluralisme.
Où sont-elles, les voix de gauche, notamment celles qui commentent l’actualité ? Radio France préfère les remplacer à l’approche de l’élection présidentielle et à mesure de la fascisation de la société. Parmi les nouveaux éditorialistes de rentrée, certains appartiennent à des titres bien conservateurs : Camille Vigogne Le Coat travaille pour l’Obs, Anne Rosencher pour L’Express, et Charles Sapin pour Valeurs actuelles. « Trop hâte qu’ils invitent des néonazis », s’est par ailleurs moqué l’humoriste Jessé ce lundi 31 août sur France Inter.

 

Sans compter que Valeurs Actuelles défend l’idée d’une privatisation ou de la mise sous contrôle de l’audiovisuel public. Le rapport anti-audiovisuel public du député ciottiste Charles Alloncle publié en mai 2026 n’est pas sans lien. Le groupe radiophonique a peur de froisser et donc se soumet, comble de l’ironie, au nom du pluralisme.

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