le cri d’alarme de la Fédération hospitalière de France
Cécile Rousseau
L'Humanité du 08 septembre 2026
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| Durant cette période de tension extrême, 67 % des centres hospitaliers sont eu recours aux heures supplémentaires pour tenir le choc. ©Sebastien ORTOLA/REA |
Après un été caniculaire où les établissements de santé n’ont tenu que grâce à l’implication du personnel, la Fédération hospitalière de France exige plus de moyens pour investir dans le système de soins.
« Un tour de force humain et organisationnel. » Lors de la conférence de presse de rentrée de la Fédération hospitalière de France (FHF), le 8 septembre, son président, Arnaud Robinet, a salué la mobilisation des soignants après cinquante-deux journées caniculaires ayant provoqué au moins 7 300 décès excédentaires dans le pays. L’intersyndicale CFDT-CGT-FO-SUD-Unsa des hospitaliers appelait, ce mardi, à une journée d’actions symboliques contre « le mépris » du gouvernement face à la dégradation de leurs conditions de travail.
Cet été, entre les multiples cas d’hyperthermie, les décompensations de maladies chroniques, mais aussi les conséquences des incendies ravageurs dans le Sud-Ouest, les blouses blanches ont plus que jamais été les piliers d’un l’hôpital public lui-même transformé en fournaise.
« Nous avons relevé une température médiane de 32 °C, ce qui veut dire qu’il faisait bien plus chaud dans certains services, explique Yann Penverne, président du syndicat Samu-Urgences de France. Lors des quatre épisodes caniculaires, l’activité du Samu a augmenté en moyenne de 40 % (de 70 à 80 % par endroits), et le nombre de passages aux urgences, de 30 %. L’hôpital a tenu bon, mais à quel prix ? Les assistants de régulation médicale, les brancardiers, les médecins sont revenus travailler pendant leur temps de repos. (…) On ne peut plus faire tenir une politique de santé sur le sacrifice des soignants. »
Des prouesses réalisées grâce à des salariés dépassés
Durant cette période de tension extrême, 67 % des centres hospitaliers et des CHU (centre hospitalier universitaire) ont eu recours aux heures supplémentaires pour tenir le choc, selon la FHF. Durant les incendies, 200 lits ont été ouverts au CHU de Bordeaux en quarante-huit heures et, selon Samu-Urgences de France, 45 établissements sanitaires et médico-sociaux ont été évacués en moins de douze heures.
Des prouesses réalisées grâce à des salariés dont les limites de dévouement et de productivité sont dépassées depuis longtemps. En 2023 et en 2025, si les séjours hospitaliers ont enregistré une hausse de 10 %, les effectifs, eux, n’ont augmenté que de 1,5 %.
« Il y a une inadéquation grandissante entre les moyens et les besoins », note Arnaud Robinet.
Si l’hôpital a retrouvé son niveau « d’efficience » (rentabilité) de 2019, soit le plus haut de la décennie, la fédération patronale estime elle-même que la source est tarie et que les « gisements d’efficience se situent désormais à l’échelle de l’ensemble du système de santé, via la pertinence des soins et des parcours, la prévention, une meilleure organisation territoriale… ».
Alors que le gouvernement promet un nouveau projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) austéritaire pour 2027, la FHF demande un objectif national des dépenses d’Assurance Maladie (Ondam) en hausse de 3,9 %. Dans le cadre du projet de loi de finances, elle porte également l’idée de la création d’un fond vert doté de 1 milliard d’euros pour engager les travaux d’adaptation des établissements face au réchauffement climatique. À sept mois de l’élection présidentielle, les candidats sont invités à se positionner sur ces enjeux cruciaux le plus vite possible : « Si les événements de l’été ne provoquent pas un sursaut collectif, je ne vois pas ce qui le fera », déclare Arnaud Robinet.
