Solidarité avec la Palestine en ligne de mire : Giorgia Meloni pousse pour une loi Yadan à l’italienne

Publié le par FSC

Lina Sankari
L'Humanité du 1er octobre 2026

Manifestation en faveur de la Palestine à Rome, le 13 décembre 2025. Une large majorité d’Italiens s’étaient déclarés favorables à la reconnaissance de l’État de Palestine.
© Fabrizio Corradetti/LaPresse/ABACAPRESS.COM

 

À Rome, la Chambre des députés se penchera, ce 2 octobre, sur un projet de loi soutenu par la majorité de droite et d’extrême droite. Sous couvert de lutte contre l’antisémitisme, elle criminalise la solidarité avec la Palestine.
Dans toute l’Europe, la criminalisation de la solidarité à la Palestine passe désormais par les accusations d’antisémitisme. L’Italie n’échappe pas à la règle. Ce 2 octobre, la Chambre des députés aura à charge de se prononcer sur le projet de loi contre l’antisémitisme déjà adopté en première lecture par le Sénat en mars dernier.
Le texte, porté par la majorité de droite et d’extrême droite de la présidente du Conseil des ministres, Giorgia Meloni, vise à intégrer officiellement la définition de l’antisémitisme de l’IHRA (Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste), actuellement dirigée par l’Argentine de Javier Milei (extrême droite) dans la législation.

Une tribune d’opposants à la loi en discussion


En 2016, lorsque cette définition a été établie, l’IHRA était dirigée par la Roumanie. Elle ne stipule nullement que la critique de la politique israélienne ou du sionisme relève de la haine des juifs.
L’IHRA établit onze exemples tels que l’application à Israël d’un « double standard, en exigeant de lui un comportement qui n’est pas exigé des autres États démocratiques », la comparaison de la politique israélienne à celle du régime nazi ou la négation au peuple juif de son droit à l’autodétermination.
Des exemples qui, s’ils peuvent être débattus, ne relèvent pas directement de la stricte définition de l’antisémitisme. « En tant qu’Italiens et en tant que Juifs, comme ennemis de toutes les formes de racisme, nous exprimons notre opposition à la loi 1004 », écrivent des dizaines de personnalités et d’organisations, dont « Jamais indifférents – Voix juives pour la paix » dans le quotidien Il Manifesto.

Instrumentalisation de l’antisémitisme


Il y a une forme d’indécence à ce que l’extrême droite italienne, qui parle des voyages scolaires à Auschwitz comme des « excursions » visant à légitimer une culture politique de gauche, s’érige en porte-étendard de la lutte contre l’antisémitisme afin d’écraser l’expression démocratique.
« La lutte contre l’antisémitisme — l’une des formes les plus anciennes et les plus odieuses de racisme — est une question trop sérieuse pour être confiée à des forces politiques qui en font un prétexte pour légitimer les politiques et les crimes d’Israël. Cela est d’autant plus grave que certaines de ces mêmes forces, tout en se disant amies des Juifs, font du racisme un choix politique, allant jusqu’à remettre en cause le droit constitutionnel des enfants à l’éducation », disent encore les auteurs de la tribune en référence aux restrictions concernant la répartition d’enfants de migrants dans les classes.

« Une limitation des droits démocratiques »


Le secrétaire national de Rifondazione comunista, Maurizio Acerbo, ne s’y est pas trompé. « Nous sommes face à une tentative dangereuse de criminalisation des mouvements de solidarité contre le peuple palestinien et de (limitation) des droits démocratiques », explique-t-il.
En lieu et place de la définition de l’IHRA, le dirigeant communiste défend la Déclaration de Jérusalem sur l’antisémitisme, en ce qu’elle permet de distinguer critique du sionisme et politiques israéliennes d’une part, et antisémitisme d’autre part.

Le risque de dérive autoritaire est également pointé par la secrétaire nationale du parti démocrate, Elly Schlein, qui demande une modification de la définition de l’antisémitisme dans la loi alors que sa formation s’était présentée divisée au Sénat. « Si cette définition est changée, nous sommes encore disposés à voter cette loi (…) si elle ne l’est pas (…) nous voterons contre. »

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