En Israël, pourquoi la coalition « It's Time » appelle à la reconnaissance d'un État palestinien
L'Humanité du 21 septembre
| Des Israéliens manifestent contre la guerre à Gaza, le 20 septembre 2025, à Jérusalem.© JOHN WESSELS / AFP |
La coalition It’s Time (Il est temps) – la plus grande initiative de paix en Israël, réunissant plus de 60 organisations juives et arabes pour la paix et la réconciliation – a lancé une campagne publique appelant à la reconnaissance d’un État palestinien.
L’annonce par la France de sa volonté de reconnaître l’État de Palestine n’est pas sans écho en Israël. Benyamin Netanyahou menace de saisir les biens français, tandis que son ministre des Finances, le suprémaciste juif Bezalel Smotrich, parle d’annexion de la Cisjordanie. C’est dire si les paroles que doit prononcer Emmanuel Macron ce lundi 22 septembre seront loin d’être symboliques.
La coalition It’s Time (Il est temps) – la plus grande initiative de paix en Israël, réunissant plus de 60 organisations juives et arabes pour la paix et la réconciliation – a d’ailleurs lancé une campagne publique appelant à la reconnaissance d’un État palestinien, à la fin de la guerre à Gaza et à la construction d’un avenir de sécurité et de dignité pour les deux peuples.
Zazim Community Action, membre de cette coalition, regroupe des citoyens aussi bien juifs qu’arabes, « travaillant ensemble pour la démocratie et l’égalité », et revendique 400 000 membres. « Depuis le 7 octobre, bien sûr, nous ne nous occupons que de deux dossiers. L’un est l’arrêt de la guerre et la libération des otages. L’autre est la question du jour d’après », explique Raluca Ganea, directrice exécutive et cofondatrice de Zazim, à l’Humanité. Que se passera-t-il le lendemain, une fois la guerre terminée ? « Nous pensons qu’il existe un lien étroit entre l’absence de plan de lendemain en Israël, pour Netanyahou, et le fait que la guerre s’est transformée en génocide. La mission de Netanyahou est d’empêcher la création d’un État palestinien aux côtés d’Israël. »
« Construire l’avenir des deux peuples »
Pour Raluca Ganea, l’annonce de la France à l’ONU représente une « opportunité pour mettre fin à la guerre et construire l’avenir des deux peuples ». La directrice de Zazim reconnaît qu’une vaste majorité d’Israéliens manifestent seulement pour la libération des otages. « Mais je pense qu’il y a aussi des dizaines et probablement des centaines de milliers de personnes qui veulent tout faire pour mettre fin au génocide. »
L’effort engagé réside donc dans la nécessité « d’inscrire le concept d’un État palestinien aux côtés d’Israël dans le débat public. Il est de notre devoir de le faire et de gagner des soutiens progressivement, jour après jour, afin de faire de cette question le point central de l’ordre du jour des prochaines élections en Israël ».
Intitulée « Non à la guerre – oui à la reconnaissance ! », une pétition a été lancée par Zazim et a recueilli près de 10 000 signatures en quelques jours. Un appel qui vise à « montrer au monde qu’une grande partie de la société israélienne comprend que la reconnaissance d’un État palestinien est également dans l’intérêt d’Israël », mais également à pousser d’autres pays, notamment l’Allemagne, à franchir le pas. « La reconnaissance est un fait accompli, peut-on lire. Nous devons choisir entre nous ranger aux côtés du reste du monde ou du premier ministre, Benyamin Netanyahou, du ministre des Finances, Bezalel Smotrich, et du Hamas, qui s’opposent à la reconnaissance. »
Raluca Ganea est catégorique : « Une solution politique avec deux États pour deux peuples, chacun avec sa souveraineté, la sécurité et la paix, est la seule alternative envisageable. L’autre option est la guerre sans fin, la « super-Sparte », avec des ennemis qui ne disparaissent jamais », précise-t-elle, en allusion aux déclarations de Netanyahou qui, le 15 septembre, a admis qu’« Israël est isolé ». Et d’ajouter : « Nous sommes Athènes et Sparte. Mais nous allons être Athènes et super-Sparte. »
Zazim n’est pas la seule association à se féliciter de cette phase de reconnaissance de l’État de Palestine par la France. C’est le cas d’Ir Amim, qui travaille sur le statut de Jérusalem. « Cette initiative est essentielle pour tous ceux qui soutiennent un accord politique entre Israéliens et Palestiniens, la fin de la guerre de dévastation massive et un chemin vers une vie de liberté, de dignité et d’espoir pour les deux peuples », note l’organisation.
La campagne « Il est temps » rassemble également les militants pour la paix qui, malgré la perte de proches le 7 octobre, ont choisi de s’exprimer clairement en faveur de la réconciliation et d’un avenir commun. Yonatan Zeigen, dont la mère, Vivian Silver, militante pacifiste de longue date, a été assassinée à son domicile du kibboutz Be’eri, explique ainsi son engagement : « Ma mère a consacré sa vie à la paix et à la réconciliation. Son assassinat a été un coup terrible, mais aussi un signal d’alarme : si nous n’agissons pas maintenant pour mettre fin à la destruction et à l’occupation, reconnaître un État palestinien et parvenir à un accord politique global, le sang continuera de couler des deux côtés. »