Génocide à Gaza : après le « oui, mais » du Hamas, Israël manœuvre pour éviter un cessez-le-feu
Pierre Barbancey
L'Humanité du 05 octobre 2025
Le Hamas a accepté le plan de Donald Trump à certaines conditions ouvrant la voie à des discussions qui doivent démarrer, ce lundi 6 octobre, en Égypte. Malgré l’ordre de Washington, Tel-Aviv a continué de bombarder la bande de Gaza. Le premier ministre israélien tente de tout faire pour empêcher l’autodétermination du peuple palestinien.
Pour l’heure, tout le monde ou presque se veut optimiste. Les « discussions techniques » visant à mettre en œuvre la première phase du plan Trump doivent débuter ce lundi, à Charm el-Cheikh, en Égypte. Le Hamas n’a pas attendu l’échéance de l’ultimatum lancé par Donald Trump pour donner sa réponse au plan présenté le 29 septembre à la Maison-Blanche.
Après avoir laissé soixante-douze heures de délai, le président états-unien s’était fait plus pressant le jeudi 2 octobre en exigeant une réponse d’ici à dimanche soir. La décision de l’organisation palestinienne, que l’on disait divisée sur l’attitude à adopter, est finalement intervenue vendredi.
Le Hamas propose un gouvernement palestinien de technocrates
Le mouvement accepte de libérer tous les prisonniers israéliens détenus (ils seraient 48, dont la moitié vivants) « d’une manière qui permette » la fin de la guerre israélienne et un retrait total de la bande de Gaza. Il a également affirmé qu’il remettrait le pouvoir à un groupe de technocrates palestiniens.
Pour le reste du plan en 20 points de Trump, qui comprend le désarmement du groupe, il a déclaré qu’il devrait être « discuté dans un cadre national palestinien global, dans lequel le Hamas sera inclus et contribuera en toute responsabilité ».
Un « oui, mais », en quelque sorte, qui n’a rien d’étonnant. Le mouvement islamiste ne pouvait pas refuser la proposition sauf à apparaître comme voulant la poursuite de la guerre, ce qui aurait servi les intérêts israéliens.
« L’acceptation, conjuguée à une demande de clarifications, de détails et de négociations sur les mécanismes de mise en œuvre, renvoie la balle dans le camp de Netanyahou et le premier ministre israélien dans le cercle vicieux de l’isolement, après (que ce dernier se fut) présenté comme victorieux et (ayant) isolé le Hamas », estime Hani Al Masri, directeur de Masarat, le centre palestinien de recherches sur les politiques et les études stratégiques basé à Ramallah, dans un message reçu par l’Humanité. « Cela donne également au mouvement la marge de manœuvre nécessaire pour rechercher un cessez-le-feu sans assumer la responsabilité d’une éventuelle reprise de la guerre. »
Israël sommé de cesser immédiatement les bombardements sur Gaza
À peine quelques heures plus tard, une fois n’est pas coutume, le président états-unien saluait cette déclaration. Il écrivait même sur son réseau Truth Social qu’il pensait que le groupe palestinien était « prêt pour une PAIX durable » (avec l’utilisation de majuscules dont il est coutumier).
Ajoutant : « Nous discutons déjà des détails à régler. Il ne s’agit pas seulement de Gaza, mais de la paix tant recherchée au Moyen-Orient. » Plus surprenant sans doute est l’ordre lancé à Benyamin Netanyahou : « Israël doit immédiatement cesser de bombarder Gaza. »
Donald Trump a beau être un fervent soutien d’Israël, il n’a sans doute pas apprécié l’attaque menée par Tel-Aviv contre le Qatar, le 9 septembre, visant la délégation du Hamas qui se trouvait à Doha. Cette pétromonarchie accueille en effet la base militaire états-unienne la plus importante de la région.
Le locataire de la Maison-Blanche ne souhaite pas apparaître comment délaissant la sécurité des pays du Golfe. Ce désintérêt, ou cette incapacité à défendre ses alliés, lui avait déjà valu un refroidissement des relations avec Riyad après des attaques de drones des Houthis yéménites sur les installations pétrolières de la monarchie wahhabite, en 2021.
Donald Trump force Israël à présenter des excuses au Qatar
L’Arabie saoudite avait alors développé de nouveaux liens économiques et diplomatiques avec… la Chine. Depuis, un accord de défense Arabie-Pakistan a même été signé. Humiliation suprême, la semaine dernière, Donald Trump a forcé Benyamin Netanyahou à parler par téléphone au premier ministre qatari.
Le chef du gouvernement israélien a dû se résoudre à regretter publiquement qu’en ciblant les dirigeants du Hamas, lors des négociations sur les otages, Israël ait violé la souveraineté du Qatar. Il a affirmé qu’Israël ne mènerait plus une telle attaque à l’avenir, selon un communiqué de la Maison-Blanche. Prudent, Trump s’est engagé à nouveau à assurer la sécurité du Qatar.
Pour Ayman Odeh, chef de file des députés communistes israéliens à la Knesset, le Parlement israélien, « depuis que le Hamas a répondu positivement à la proposition, Netanyahou n’a pas dormi. Il fera tout pour saboter l’accord et la fin de la guerre destructrice à Gaza car il n’a rien à offrir, si ce n’est davantage de destruction, de dévastation et de bombardements ».
De fait, malgré la demande de Trump, les attaques israéliennes sur Gaza se sont poursuivies samedi, faisant plusieurs dizaines de morts, avant que l’armée israélienne annonce la suspension de ses opérations offensives. Celles considérées comme défensives sont maintenues.
Netanyahou conditionne le « plan de paix » au transfert des otages
Le chef d’état-major, le lieutenant-général Eyal Zamir, a donné l’ordre aux troupes d’« éliminer toute menace ». On sait ce que cela signifie. Selon la chaîne israélienne Canal 12, l’entourage de Netanyahou considère la réponse du Hamas comme « principalement négative » mais « ne voit d’autre option que de soutenir les efforts de Trump ».
Dans une déclaration commune, les ministères des Affaires étrangères du Qatar, de Jordanie, des Émirats arabes unis, d’Indonésie, du Pakistan, de Turquie, d’Arabie saoudite et d’Égypte ont salué la réponse du Hamas à la proposition de cessez-le-feu à Gaza de Donald Trump. Tout le monde joue donc le jeu.
Tous sauf Israël. « Tant que la première clause – la libération de tous les otages, vivants et morts – jusqu’à ce que le dernier des otages, tous, soit transféré sur le territoire israélien, nous ne passerons à aucune autre clause », a promis Netanyahou. Une précision qui a son importance. Lors de la présentation du plan, aux côtés de Donald Trump, le premier ministre israélien avait dit « soutenir » l’initiative et avait souligné, en anglais, que si le Hamas rejetait le plan, « ou s’il l’acceptait et faisait ensuite tout pour le contrer », Israël « finirait le travail tout seul ».
Changement de ton quelques heures plus tard, en s’adressant, en hébreu cette fois, aux Israéliens. Il révélait qu’il n’avait pas accepté la création d’un État palestinien et promettait que l’armée israélienne resterait dans la majeure partie de Gaza. Ce qui va à l’encontre du point 19 du plan, qui, bien que vague, évoque néanmoins « l’autodétermination palestinienne et la souveraineté de l’État palestinien, reconnu comme émanation du peuple palestinien. »
Donald Trump entretien le flou sur l’avenir de Gaza
De quoi cependant alimenter les doutes sur les volontés réelles de Donald Trump au vu du flou entretenu sur l’avenir. La fin de l’occupation et de la colonisation n’est pas évoquée. De même, on peut se poser des questions sur la composition de la délégation états-unienne qui participe aux discussions de Charm el-Cheikh : l’envoyé spécial au Moyen-Orient, Steve Witkoff, et Jared Kushner, le gendre de Trump, aux ambitions financières et immobilières non dissimulées pour la région, mais également s’agissant de la bande de Gaza.
Le Hamas tente de pousser Israël dans ses retranchements. Dimanche, sous couvert d’anonymat, un de ses responsables affirmait vouloir « parvenir à un accord pour mettre fin à la guerre et entamer immédiatement le processus d’échange de prisonniers ».
Cette première phase s’avère cruciale. Le plan prévoit un cessez-le-feu et la libération des prisonniers israéliens dans les soixante-douze heures suivant l’annonce de sa mise en œuvre. Celle de dizaines de prisonniers palestiniens devrait suivre, mais aucun mécanisme n’a été défini pour sa réalisation.
Le risque est d’autant plus grand d’assister à des provocations que Netanyahou insiste également sur le fait qu’Israël sera responsable de la démilitarisation de Gaza.
Or, selon Hani Al Masri, le Hamas « a lié la question du désarmement à la création d’un État palestinien ». Donald Trump, lui, rêve du prix Nobel de la paix. Il entend inclure l’ensemble du Moyen-Orient dans son projet qui favorise avant tout les intérêts géopolitiques, économiques et financiers des États-Unis. Pour cela, il a besoin des pays arabes. Pas nécessairement des Palestiniens.