Para-cyclisme : comment les Gaza Sunbirds font exister la Palestine sur la scène sportive mondiale
Georgia Diaz
L'Humanité du 25 octobre 2025
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| Mohammed Asfour a fini 17e des mondiaux à Renaix en Belgique. © Filip Van Bever |
Depuis 2020, les Gaza Sunbirds, équipe composée d’athlètes amputés, entretiennent l’espoir de représenter la Palestine sur la scène sportive mondiale. Son capitaine, Alaa Al Dali, a notamment pris le départ des championnats du monde de paracyclisme organisés fin août à Renaix, en Belgique.
Mars 2018. Entre 40 000 et 50 000 Gazaouis se rassemblent près de la zone séparant Gaza d’Israël, pour exiger le droit au retour des réfugiés palestiniens sur leurs terres et dénoncer le blocus, à l’occasion de la Grande Marche du retour. La manifestation coïncide avec la Journée de la terre devenue, depuis 1976, symbole de la résistance du peuple palestinien et de sa lutte contre l’occupation et la colonisation…
Six semaines de mobilisation vont suivre jusqu’au 15 mai, jour de commémoration de la Nakba. Six semaines au cours desquelles quelque 120 Palestiniens seront tués par des tirs de soldats israéliens, et des centaines d’autres blessés. Alaa Al Dali est l’un d’eux.
À l’époque, le jeune homme, originaire de Rafah, a 21 ans. Il vient d’intégrer l’équipe nationale de cyclisme et doit participer aux Jeux d’Asie, organisés à la fin du mois d’août à Jakarta (Indonésie). Touché à la jambe droite, il doit être amputé, comme un blessé sur cinq, à en croire les chiffres fournis ultérieurement par le bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires.
« Après la guerre, inch’allah, nous créerons un institut »
Les mois passent et Al Dali réapprend à faire du vélo, avec une seule jambe. En 2020, il cofonde les Gaza Sunbirds, une équipe de paracyclistes « aux hautes et croissantes ambitions, explique-t-il, cinq ans plus tard. Nous souhaitons d’abord créer un groupe et le développer. Puis représenter la Palestine sur la scène internationale. Participer à des compétitions et des championnats mondiaux. Le tout devant servir notre objectif principal, à savoir aider les personnes handicapées. Après la guerre, inch’allah, nous créerons un institut pour les accompagner dans leur reconstruction et leur offrir un avenir ».
Depuis le 7 octobre, plus de 5 000 personnes auraient subi une amputation selon un rapport publié en début de mois par l’Organisation mondiale de la santé.
Des ablations de membres souvent rendues inévitables par manque de moyens, de traitements ou d’équipements appropriés pour traiter les blessures, souligne Mohammed Asfour, autre membre de la team, natif de Khan Younès, amputé en 2019. Son petit frère, âgé de 11 ans, pourrait d’ailleurs connaître le même sort à moins d’être rapidement évacué.
Les Jeux de Los Angeles en tête
Dès le début des frappes israéliennes sur Gaza, et malgré les risques, les Gaza Sunbirds, « 25 athlètes alors », ont réorienté leur action, délaissant leur entraînement pour distribuer nourriture et fournitures d’urgence à leurs communautés, en collaboration avec divers organismes à but non lucratif tels Heal Palestine et World Central Kitchen.
Quatre d’entre eux, dont Mohammed et Alaa, ont quitté la bande côtière en 2024 pour l’Égypte, l’Angleterre et la Belgique, laissant derrière eux famille et amis. Et un, Ahmed Al Dali, cousin de Mohammed, a été tué par une frappe aérienne en mai 2025. « Nos vies ont définitivement changé », commente pudiquement Alaa. Réfugié en Belgique, il continue de coordonner leurs opérations tout en tentant de monter une équipe en Europe où il entend porter la voix des Palestiniens.
Dire la violence et le déracinement, réaffirmer le droit de son peuple à un État et à une vie en paix. Le sportif qui dit puiser des forces dans sa « frustration » considère aussi que porter les couleurs du drapeau palestinien en compétition donne aussi de l’espoir à ses compatriotes. « C’est pour cela que je me lève et m’entraîne chaque jour. »
En septembre 2024, il est devenu le premier Palestinien à participer aux championnats du monde de paracyclisme sur route, à Zurich en Suisse. Un exploit renouvelé, cette année, à Renaix en Belgique, aux côtés de Mohammed Asfour. Les deux hommes ont terminé aux 16 et 17e places de la course en ligne individuelle, catégorie C2 (qui regroupe les athlètes présentant des troubles de coordination des bras et ou des jambes, un déséquilibre de force entre les deux côtés du corps, une absence totale d’un membre ou partiel de deux membres).
Les deux partenaires ne font pas secret de leur rêve commun : représenter la Palestine aux Jeux d’été de Los Angeles en 2028, malgré la précarité de leurs conditions de préparation. « Le sport transforme la vie et il est la vie », conclut Alaa, au tee-shirt floqué du sunbird, oiseau symbole de liberté et de résistance.
