Quand le prince saoudien Mohammed Ben Salmane fait ses courses à la Maison-Blanche

Publié le par FSC

Pierre Barbancey
L'Humanité du 17 novembre 2025

 

Si Mohammed Ben Salmane se rend ce mardi à Washington, ce n’est pas pour une simple visite de courtoisie, il n'avait pas fait le voyage aux Etats-Unis depuis 2018.© REUTERS/Marcos Brindicci

 

Mohammed Ben Salmane, le prince héritier saoudien plus connu sous son acronyme MBS, n’avait pas fait le voyage aux États-Unis depuis 2018. Il ne s’était même pas déplacé au mois de septembre, alors qu’il devait, avec Emmanuel Macron, parachever une initiative franco-saoudienne avec la reconnaissance officielle, au siège de l’ONU, de l’État de Palestine.
Si MBS se rend ce mardi à Washington, ce n’est pas pour une simple visite de courtoisie à celui qui, une fois élu, avait réservé son premier voyage officiel à la principale pétromonarchie du Golfe. Lors de son voyage à Riyad au printemps dernier, Donald Trump avait conclu un important contrat d’armement. Mais cet accord se résumait en réalité à une lettre d’intention.


Ce déplacement représente en réalité une négociation importante voire cruciale dans le cadre de la politique étrangère états-unienne, duale. « Alors que le pays du Golfe cherche à conclure un pacte de défense contraignant avec les États-Unis, cette visite oppose la recherche pragmatique d’accords économiques labellisés “l’Amérique d’abord” à la position profondément idéologique, pro-israélienne et anti-iranienne de l’administration », souligne Abdullah F. Alrebh sur le site de l’Arab Gulf States Institute.
Trump cherche donc à tirer profit de la promesse d’investissement saoudienne de 600 milliards de dollars. Le dirigeant saoudien recherche lui des garanties de sécurité dans un contexte de troubles régionaux, et souhaite un accès à la technologie de l’intelligence artificielle ainsi que des progrès vers un accord sur un programme nucléaire civil. L’acquisition des avions F-35, que seul Israël possède au Moyen-Orient, est également sur la liste de courses de MBS.

Riyad veut un traité


On sait que depuis le fameux accord du Quincy, en février 1945, le royaume vend du pétrole à des prix avantageux et la superpuissance assure la sécurité en échange. Un deal quelque peu perturbé ces dernières années lorsque des installations pétrolières saoudiennes ont été attaquées en 2019 sans que Washington n’agisse. Les inquiétudes ont ressurgi en septembre, lorsque Israël a frappé Doha, au Qatar, lors d’une attaque visant des membres du Hamas palestinien.
Les Saoudiens veulent faire encore mieux que le Qatar. L’accord avec Doha était un décret présidentiel, ce qui signifie que ce président, ou tout autre président qui lui succédera, peut facilement le remettre en cause par un autre décret. Riyad souhaite un traité approuvé par le Sénat, ce qui serait beaucoup plus difficile à annuler. À la suite de quoi Trump avait signé un accord de défense avec le Qatar par décret présidentiel.


L’Arabie saoudite souhaitait un véritable pacte, mais Washington a conditionné cette ratification à la normalisation des relations entre le royaume et Israël dans le cadre des accords d’Abraham. Riyad a, de son côté, lié cette normalisation à un engagement du gouvernement israélien en faveur de la création d’un État palestinien. L’Arabie saoudite collabore en réalité déjà discrètement avec Israël sur les questions de sécurité régionale, et ce, de façon intermittente depuis des décennies. Mais, pour l’heure, une telle normalisation mettrait en péril le rôle régional leader des Saoudiens, renforcé par l’affaiblissement de l’Iran.
 

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