Palestine. Le mandat britannique au service du projet sioniste

Publié le par FSC

Cent ans de guerre contre la Palestine, l’historien américano-palestinien Rashid Khalidi retrace un siècle de guerre coloniale menée contre la population palestinienne. Il met notamment en lumière le rôle primordial de la Grande-Bretagne dans l’implantation du projet sioniste en Palestine en tant que colonialisme de peuplement. Orient XXI publie les bonnes feuilles de cet ouvrage, paru en 2020 et enfin traduit en français. En librairie le 14 janvier.

 

En 1922, la nouvelle Société des Nations a émis son mandat pour la Palestine, officialisant ainsi la gouvernance du pays par la Grande‑Bretagne. Le mandat constituait un cadeau extraordinaire au mouvement sioniste, car il reprenait intégralement le texte de la déclaration Balfour et en amplifiait considérablement les engagements. Le document commence par une référence à l’article 22 du pacte de la Société des Nations, qui stipule que pour « certaines communautés », « leur existence comme nations indépendantes peut être reconnue provisoirement »1. Le texte poursuit alors en réaffirmant son engagement international en faveur des dispositions de la déclaration Balfour. Ce passage implique clairement qu’un seul peuple en Palestine doit être reconnu comme détenteur de droits nationaux : le peuple juif. Cette situation était contraire à celles de tous les autres territoires sous mandat au Proche‑Orient, où l’article 22 du Pacte garantissait une marche progressive vers l’indépendance pour l’ensemble de leur population.

Politicide du peuple palestinien

Dans le troisième paragraphe du préambule du mandat, le peuple juif, et seul le peuple juif, est reconnu comme ayant un lien historique avec la Palestine. Aux yeux de ses rédacteurs, tout l’environnement architectural du pays, vieux de plus de deux millénaires, avec ses villages, ses sanctuaires, ses châteaux, ses mosquées, ses églises et ses monuments, tous ces vestiges des périodes ottomane, mamelouke, ayyoubide, de l’époque des Croisades, des Abbassides, des Omeyyades, des Byzantins et de périodes antérieures, n’appartenaient à aucun peuple, ou peut‑être à quelques groupes religieux informes. Certes, des populations vivaient sur ces terres, mais elles étaient dénuées d’histoire et d’existence collective, au point qu’il semblait naturel de les passer sous silence. Ce préambule du mandat contient les prémices de ce que le sociologue israélien Baruch Kimmerling a appelé le « politicide » du peuple palestinien. Car nier le lien historique d’un peuple avec sa propre terre constitue le moyen le plus efficace d’éliminer ses droits légitimes sur celle‑ci.

Les vingt‑huit articles suivants du mandat ne mentionnent à aucun moment les Palestiniens en tant que peuple disposant de droits nationaux et politiques. Comme dans la déclaration Balfour, les mots « arabe » et « palestinien » sont absents. Les seules garanties concédées à cette large majorité de la population se limitent à des droits personnels et religieux, ainsi qu’au maintien du statu quo concernant les Lieux saints. En revanche, le mandat détaille précisément les modalités de création et d’expansion du foyer national du peuple juif, en précisant qu’il ne s’agit pas, aux yeux des rédacteurs, d’un projet créé par le mouvement sioniste mais plutôt « reconstitué » par lui.

Sept des vingt‑huit articles du mandat sont consacrés aux privilèges et aux moyens accordés au mouvement sioniste pour mettre en œuvre sa politique du foyer national, tandis que les autres articles traitent des questions administratives et diplomatiques et que l’article le plus long porte sur la question des antiquités. Le mouvement sioniste, représenté en Palestine par l’Agence juive, a été explicitement désigné comme le porte‑parole officiel de la population juive du pays, même si, avant l’immigration massive de sionistes européens dévoués, la communauté juive locale était essentiellement constituée de juifs religieux ou de mizrahim, qui pour beaucoup n’étaient pas sionistes et s’opposaient même parfois au mouvement. Naturellement, aucune structure officielle de représentation n’avait été désignée pour la majorité arabe, qui a été laissée dans l’anonymat.

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article