EN VIOLATION DES ACCORDS, Israël intensifie ses frappes sur Gaza et réaffirme qu’il ne s’en retirera pas avant le désarmement complet du Hamas
Louis Imbert et Marie Jo Sader
Le Monde du 04 août 2026
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| Après une frappe militaire israélienne sur la ville de Gaza, le 2 août 2026. JEHAD ALSHRAFI/AP |
Après l’annonce par Donald Trump, le 30 juillet, d’un plan qui prévoit un retrait des troupes israéliennes de l’enclave s’accompagnant de la collecte de l’arsenal du mouvement palestinien, Gaza a connu, le 2 août, l’une des journées les plus meurtrières de ces dernières semaines.
Depuis que Donald Trump a annoncé, jeudi 30 juillet, un plan de désarmement du Hamas à Gaza, censé s’accompagner d’un retrait des troupes israéliennes, l’Etat hébreu cherche à amender ce projet afin de conserver sa marge de manœuvre dans l’enclave, sans cependant désavouer le président américain.
Depuis quatre jours, Israël dresse ses lignes rouges par voie de presse et sous le sceau d’un anonymat tout relatif. Ainsi, lundi 3 août, à l’issue d’une rencontre entre le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, et deux envoyés du Conseil de la paix – l’organe chargé d’appliquer le plan de sortie de conflit de Donald Trump à Gaza –, « un haut responsable israélien » affirmait que l’armée de l’Etat hébreu ne se retirerait pas pleinement de l’enclave et conserverait de surcroît la liberté d’y frapper « toute menace. »
Durant le week-end, une même source avait affirmé qu’Israël avait déjà soulevé trois objections auprès de Washington : l’armée craint de ne plus pouvoir intervenir rapidement dans les zones où doit se déployer une force internationale de stabilisation – un déploiement dont l’Etat hébreu a accepté le principe, lundi. Ce dernier souhaite voir les armes du Hamas détruites et pas seulement mises sous clé dans la bande de Gaza, sous la garde d’un conseil de technocrates palestiniens censé assumer peu à peu l’administration du territoire. Il s’inquiète enfin de l’implication du Qatar et de la Turquie, pays médiateurs de l’accord, dans la vérification du désarmement des factions palestiniennes.
Lundi soir, Nickolay Mladenov, le haut représentant du Conseil de la paix, soupirait, sur X, au sortir de ses pourparlers avec le premier ministre israélien : « Une longue journée à Jérusalem », résumait-il, en promettant un processus « lent, fastidieux et technique ».
Correctif public
Benyamin Nétanyahou, de son côté, peut se féliciter d’avoir obtenu de lui un correctif public. M. Mladenov demande encore à l’armée israélienne de se retirer immédiatement sur la « ligne jaune » qu’elle a dressée au milieu de l’enclave à l’issue du cessez-le-feu d’octobre 2025, en occupant la moitié orientale dépeuplée – depuis lors, elle n’a cessé de grignoter plus de territoire ; 70 % au total.
Mais contrairement à ce que Donald Trump laissait entendre le 30 juillet, l’Etat hébreu pourra attendre pour poursuivre son retrait au-delà de cette ligne, vers sa frontière, que le Hamas ait achevé de « décommissionner » ses armes en les confiant, sous scellés, à la nouvelle administration. « Ceci s’applique aux armes légères et lourdes comme aux tunnels » qui doivent être mis au jour, a précisé le Conseil, lundi soir, sur X.
Depuis l’automne 2025, Israël arguait du refus du Hamas « d’abandonner ses armes », et ce « jusqu’à la moindre Kalachnikov », pour justifier le maintien de ses troupes. Le Conseil de la paix piétinait dans ses négociations avec le mouvement palestinien en suivant cette logique, tout en concédant qu’un processus de désarmement requiert du temps.
Le Likoud rétif à toute concession
Cependant, les modalités précises et le calendrier du « décommissionnement », puis de la refonte de la police de Gaza doivent être précisés sous deux semaines. De nouvelles négociations sont attendues en Egypte entre le Conseil de la paix et le Hamas, alors que le parti de M. Nétanyahou, le Likoud, entame ses primaires en vue des législatives prévues en octobre, et se montre plus rétif que jamais à toute apparence de concession.
Dans la bande de Gaza, l’annonce par Donald Trump, le 30 juillet, d’un « accord historique » sur le désarmement du Hamas avait, une fois encore, fait naître l’espoir. Les habitants de l’enclave savent pourtant que, depuis près de trois ans, les annonces diplomatiques se sont presque toujours fracassées sur la poursuite des bombardements israéliens.
Alors que la feuille de route du Conseil de la paix, approuvée par le mouvement palestinien, rappelait l’obligation faite aux deux belligérants, en vertu de l’accord de Charm El-Cheikh d’octobre 2025, de cesser toute hostilité, Israël s’est empressé de montrer qu’il ne comptait toujours pas s’y conformer. Samedi à l’aube, un entrepôt de l’hôpital public des Martyrs-d’Al-Aqsa, à Deir Al-Balah, a été bombardé. Des photographies diffusées par le ministère de la santé gazaoui montrent un immense cratère et du matériel médical déchiqueté. La frappe a visé des structures en tôle autour desquelles des centaines de tentes de déplacés sont installées depuis le début de la guerre. Les plus proches ont été pulvérisées.
« Un paysage de destruction »
« Nous avions reçu un ordre d’évacuation pendant que nous dormions. Lorsque nous sommes revenus après le bombardement, nous avons découvert un paysage de destruction. De nombreuses familles ont dû se réfugier dans les tentes d’autres déplacés après avoir tout perdu. Nous n’en pouvons plus », témoigne auprès du Monde, par téléphone, Hadil Saad, 23 ans – Israël interdit l’accès à la bande de Gaza à la presse étrangère depuis le 7 octobre 2023. La jeune femme vit depuis deux ans et demi avec sa famille à proximité de l’hôpital depuis que leur maison, dans la ville de Gaza, a été entièrement rasée par l’armée israélienne.
Dans une réponse écrite au Monde, sans produire de preuves visuelles, l’armée israélienne affirme avoir visé « cinq dépôts d’armes du Hamas », dont un près de l’hôpital. La direction de l’établissement assure pour sa part qu’ils contenaient « des médicaments et des fournitures médicales destinés notamment aux malades rénaux », dans un contexte de grave pénurie liée au blocus israélien.
Dimanche, les Gazaouis ont connu l’une des journées les plus meurtrières de ces dernières semaines : 18 personnes ont été tuées en vingt-quatre heures, selon les autorités sanitaires locales. Parmi elles figuraient Mahmoud Al-Hams, 39 ans, son épouse Jana, 37 ans, et leur plus jeune fils Ahmad, âgé de 5 ans, tués chez eux au nord de Khan Younès. « La tête du petit a été arrachée de son corps par la force du missile », raconte au téléphone Khaled Al-Hams, frère de Mahmoud, déplacé dans le camp d’Al-Mawassi, au sud de la bande de Gaza. Deux autres enfants du couple ont été grièvement blessés, tandis que l’aîné, Youssef, 15 ans, en est sorti physiquement indemne.
« Il a vu toute la scène. Ses parents brûlaient sous ses yeux sans qu’il puisse les sauver. Jamais nous n’aurions imaginé que mon frère Mahmoud puisse mourir de cette manière. Il n’avait aucune affiliation politique. C’était un homme simple qui travaillait dans une petite station-service gérée par sa belle-famille », ajoute, effondré, le frère du défunt.
Parmi les noms publiés par le ministère de la santé gazaoui après les attaques de dimanche, Le Monde a identifié ceux de deux hommes que l’armée israélienne dit avoir tués et présente comme des « terroristes » dans un communiqué publié le 3 août. Elle n’apporte en revanche aucune réponse concernant toutes les autres victimes, dont les trois membres de la famille Al-Hams.
A la veille de sa rencontre avec Benyamin Nétanyahou, Nickolay Mladenov regrettait sur X, sans nommer Israël, que « deux jours de frappes » aient « tué des civils et détruit des fournitures médicales dont la population dépend », sapant les efforts menés avec les médiateurs pour obtenir l’adhésion des factions palestiniennes à la feuille de route.
L’Etat hébreu semble avoir observé une certaine retenue durant la journée de lundi, le temps de la visite éclair du diplomate bulgare. Mais peu après son départ, lundi soir, deux personnes ont été tuées dans le bombardement de leur véhicule dans la ville de Gaza, portant à plus de 1 250 le nombre de Palestiniens tués dans l’enclave depuis le cessez-le-feu théorique conclu le 10 octobre 2025.
Dans un communiqué publié lundi, le Hamas a affirmé que le mouvement et les autres factions restaient engagés à respecter les termes de l’accord convenu le 30 juillet.
