LIBAN : en pleines négociations, Israël continue de faire régner la peur dans le sud du pays avec des dynamitages massifs

Publié le par FSC

Par Laure Stephan
Le Monde du 03 août 2026

 

De la poussière de silice recouvre les collines des localités d’Arnoun et d’Al-Shaqif (Liban), près du château de Beaufort, après une série d’explosions menées par les forces israéliennes dans la région, le 31 juillet 2026. AFP

 

Au nom de la destruction de tunnels du Hezbollah, des opérations de dynamitage près de la forteresse de Beaufort, dans la nuit du 30 au 31 juillet, ont suscité de puissantes ondes de choc dans le sud du Liban, occupé par Israël. Le président Joseph Aoun les a qualifiées de « menace directe » aux négociations.

Plus d’un mois après la signature, le 26 juin, de l’accord-cadre entre le Liban, Israël et les Etats-Unis, censé ouvrir la voie à « une paix et une sécurité durables » selon Washington, le sud du pays du Cèdre continue de vivre au son des dynamitages quotidiens menés par l’armée israélienne. A la veille d’une session de négociations entre le Liban et l’Etat hébreu prévue à Rome, à partir de mardi 4 août, de nouvelles démolitions à l’explosif ont été conduites par Israël.


Après avoir rasé de nombreux villages dans la bande frontalière, l’armée israélienne a réalisé des opérations de dynamitage d’une ampleur exceptionnelle près du château de Beaufort, dans la nuit de jeudi 30 à vendredi 31 juillet. Ces destructions se poursuivaient dimanche 2 août, dans des localités de la zone qu’Israël occupe sur 6 % du territoire dans le sud du pays. Les troupes israéliennes ont pris le contrôle de la forteresse à la fin du mois de mai, classée sur la liste du patrimoine mondial en péril de l’Unesco, et qui se trouve sur un éperon rocheux dominant le fleuve Litani.


Les autorités israéliennes ont informé que 700 tonnes d’explosifs ont été utilisées par les soldats pour détruire des « tunnels » du Hezbollah dans la région. L’armée israélienne avait accusé le mouvement armé pro-iranien, mercredi 29 juillet, d’avoir lancé un drone explosif en direction d’un de ses véhicules, une « violation flagrante du cessez-le-feu ». Le Hezbollah n’a cependant pas revendiqué d’opération depuis la trêve du 20 juin, qui a gelé la guerre l’ayant opposé à Israël pendant près de quatre mois.


Les explosions ont été si puissantes qu’elles ont fait trembler le sud du Liban. Un habitant de la région chiite de Nabatiyé, à moins de 10 kilomètres du site, rapporte avoir d’abord cru à un séisme. A Deir Mimas, une localité chrétienne située en face de la forteresse datant de l’époque des croisés, la nuit a été vécue dans la peur. Le village avait été averti en amont par l’armée israélienne.


« Le quartier le plus proche avait été appelé à évacuer, et tous les habitants enjoints à laisser leurs fenêtres ouvertes pour éviter qu’elles ne se brisent [sous le souffle de l’explosion] », rapporte Tania Jarawan, maire par intérim, qui n’était pas sur place. Sortie peu avant de l’hôpital, elle a découvert sur son téléphone, vendredi à 3 heures du matin, les images de Deir Mimas :

<« C’est comme si une pluie de poussière grise s’était abattue sur le village. Des pierres y sont tombées. Les habitants ont été terrifiés par la force des explosions. » Sur X, le bureau du représentant des Nations unies au Liban a jugé, samedi : « L’ampleur des explosions et des démolitions qui ont lieu dans le sud du Liban est très préoccupante. »

Pas de retrait d’Israël


Les dynamitages en cours, dont celui advenu dans les environs de Beaufort, ont été condamnés par le président libanais, Joseph Aoun. En amont de sa rencontre avec le président américain, Donald Trump, à Washington, le 21 juillet, il avait affirmé à son entourage qu’il espérait convaincre les Etats-Unis de faire pression sur Israël pour obtenir une désescalade dans le sud du pays. Sans grand succès pour l’instant. Vendredi, M. Aoun a estimé que les destructions envoyaient un message « négatif » en amont des négociations attendues en Italie.


Depuis le début de ces pourparlers, Beyrouth est en position de faiblesse. Selon une source officielle libanaise, l’accord-cadre a été le résultat d’un « véritable forcing américain imposé au Liban ». Pour autant, « sur le terrain, Israël continue de se prévaloir d’une liberté totale d’action et ne se veut lié à aucun engagement », ajoute cette source.

Les déclarations à répétition de responsables israéliens sur le refus d’un retrait de ce qu’ils considèrent comme une « zone de sécurité » au Liban, en Syrie ou dans la bande de Gaza, font craindre, côté libanais, une occupation durable.


« La destruction systématique, l’incendie de maisons, l’arrachage d’oliviers centenaires, sont inacceptables. C’est une politique de la terre brûlée : annihiler toute possibilité de vie », dénonce Melhem Khalaf, député indépendant, qui s’est rendu à Zaoutar El-Gharbiyé, village du sud en partie rasé, et érigé en « zone pilote » pour l’application de l’accord-cadre.

Celui-ci prévoit un mécanisme de retrait graduel, mais sans calendrier, de l’armée israélienne, en échange du désarmement du Hezbollah par les militaires libanais. M. Khalaf estime que les dynamitages dans le sud « bafouent le principe de “bonne foi” mentionné dans l’accord-cadre ». Le texte invite à des mesures démontrant les « intentions positives » du Liban et d’Israël.

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