Génocide à Gaza : qu’y a-t-il vraiment dans l’accord entre les États-Unis et le Hamas ?

Publié le par FSC

L'Humanité du 31 juillet 2026

Pierre Barbancey

 

Le Hamas a confirmé vendredi un accord portant sur la deuxième phase du plan de paix dans la Bande de Gaza liant un désarmement du mouvement islamiste palestinien à un retrait israélien de l’enclave palestinienne. Mais les paramètres sont plus complexes qu’annoncés par Donald Trump.

Le format des réseaux sociaux convient parfaitement à Donald Trump. Il peut résumer à l’extrême des dossiers complexes qui réclament rigueur et sérieux. Mais le président états-unien préfère quelques phrases vite reprises par les médias en mode continu. C’est ce qu’il vient de faire. « Aujourd’hui, le Conseil de paix est parvenu à un accord HISTORIQUE pour le DÉSARMEMENT COMPLET du Hamas et de tous les autres groupes armés à Gaza », a-t-il écrit, ajoutant que le désarmement se ferait par étapes. « Il s’agit d’un pas monumental vers une PAIX et une SÉCURITÉ durables. »


Ces négociations portaient sur ce qui représente la deuxième phase du fameux plan de paix de Trump en vingt points, annoncé le 29 septembre 2025. Un plan adopté le 17 novembre 2025 par le Conseil de sécurité des Nations Unies (résolution 2803), prenant acte de la création du « Conseil pour la paix » (Board of Peace), une entité entièrement dévouée à Trump, visant à concurrencer, remplacer et même dépasser l’Onu pour défendre au mieux les intérêts des États-Unis.


Pas étonnant dans ces conditions que des responsables américains et du « Conseil pour la paix » – s’exprimant sous couvert d’anonymat conformément aux directives de la Maison Blanche – aient présenté une évaluation extrêmement optimiste de l’accord ; ils ont décrit un scénario très proche de celui qu’avaient exposé Donald Trump et ses principaux conseillers lors de la création initiale de ce Conseil.


« L’accord sera mis en œuvre en phases soigneusement structurées », a insisté Trump sur les réseaux sociaux. « Une fois le désarmement achevé, les forces israéliennes se retireront et la Force internationale de stabilisation travaillera avec une nouvelle force de police palestinienne pour assumer la responsabilité de garantir que Gaza soit sûre pour ses habitants et ses voisins. »

Une feuille de route qui ne comprend pas seulement le désarmement du Hamas


Pourtant, aucun calendrier précis pour le désarmement du Hamas ou d’autres groupes actifs à Gaza, tels que le Jihad islamique palestinien, n’a été fourni. La force de police de Gaza remettra ses armes à l’administration technocrate de Gaza — soutenue par le Conseil pour la paix — dans les deux semaines à venir. Le comité de technocrates, basé au Caire, est présidé par Ali Shaath, un ingénieur né à Gaza et ancien responsable de l’Autorité palestinienne.

Il a pour mandat de rétablir les services essentiels et de superviser les affaires civiles sous la supervision de l’ONU et du Conseil de la paix. Mais depuis des mois ses membres sont interdits d’accès dans la bande de Gaza par Israël.


Nickolay Mladenov, un haut responsable des pourparlers, a donné son sentiment sur les réseaux sociaux. « Ce que dit l’accord compte. Ce qui se passera ensuite compte encore plus. La mise en œuvre et la vérification doivent être réelles. Le retrait doit aller de pair avec le désarmement. »


Membre de la délégation de négociation du Hamas, Ghazi Hamad a défendu l’approbation préliminaire du mouvement d’un projet régissant les armes à Gaza. Il a indiqué que les négociations longues, complexes et difficiles avaient été menées en consultation avec les factions palestiniennes et les forces politiques pour parvenir à « la meilleure formule possible pour sauver le peuple palestinien à Gaza ».


Une précision particulièrement importante qui montre que le mouvement islamique palestinien est en relation permanente avec les autres organisations palestiniennes et que les décisions sont collectives. Ghazi Hamad a pris soin de souligner que « la question n’est pas simplement, comme certains le croient, une affaire d’armes. Il s’agit d’un cadre complet ».


Il a fait remarquer que la feuille de route comprenait un retrait israélien de Gaza, la reconstruction, le déploiement de forces internationales et un comité national palestinien prenant la responsabilité de l’administration de Gaza. Le responsable politique a également fait savoir que, pour les Palestiniens, il s’agissait de bloquer les plans israéliens « visant à relancer la guerre, à poursuivre le génocide et à diviser la bande de Gaza », ainsi que d’autres déplacements et tueries. « Nous ne prendrons aucune mesure concernant le désarmement avant le retrait d’Israël de la bande de Gaza », a-t-il soutenu devant les caméras de Al Jazeera.
Plus important peut-être, Ghazi Hamad, a redit que le dossier des armes doit être lié à « un processus politique palestinien » conduisant à « la fin de l’occupation », à l’établissement d’un État palestinien et à la réalisation de l’autodétermination palestinienne. C’est là l’enjeu réel de ce qui est en train de se passer. Là où la paix peut prendre son envol ou s’échouer sur les volontés coloniales israéliennes.


L’armée israélienne a continué d’étendre son occupation militaire de Gaza malgré le cessez-le-feu, Benyamin Netanyahou ayant déclaré qu’Israël avait l’intention d’étendre la zone sous son contrôle à 70 % de l’enclave. Pour le bureau du premier ministre israélien, la proposition de désarmement ne répond pas aux exigences israéliennes d’une démilitarisation totale de Gaza, préalable à tout retrait de l’enclave.

Un responsable états-unien s’est étonné : « Nous ne demandons à Israël rien d’autre que de mettre en œuvre ses engagements dans le cadre du plan en 20 points. S’ils ne le font pas, le président Trump sera très déçu. Je ne pense pas que les Israéliens souhaitent aggraver les choses avec nous en ce moment. »

Une accélération liée aux autres développements régionaux


La chaîne israélienne 13 cite une « source politique », selon laquelle « la question de Gaza n’a absolument pas été abordée lors de la rencontre entre le Premier ministre Netanyahou et le président Trump ». Les détails de la rencontre, mardi 28 juillet, entre le premier ministre israélien et le président des États-Unis n’ont pas été révélés mais aucune fuite n’a fait état de divergences ou de difficultés dans leurs débats. Au contraire, serait-on tenté de dire.


Et Gaza ne peut pas ne pas avoir été au menu. D’abord parce qu’un semblant de processus était en cours au début du mois de juillet (le 6) avec l’annonce, par le Hamas, de la dissolution de son gouvernement à Gaza pour permettre un transfert des responsabilités au fameux comité technique. Et deux jours avant la rencontre de Washington, le Conseil de sécurité israélien décidait de permettre aux membres de ce comité d’enfin accéder au territoire palestinien.
Une telle accélération (même modérée) ne peut s’expliquer que par les développements régionaux et le difficile cessez-le-feu – c’est un euphémisme – entre les États-Unis et l’Iran ainsi que les pourparlers en cours concernant le Liban.

Pour le chercheur Thomas Vescovi, « l’objectif évident du gouvernement israélien est de s’emparer de Gaza et de déporter une large partie de sa population. En annonçant l’acceptation des clauses pour la nouvelle phase de l’accord, le Hamas et les autres factions palestiniennes essaient de mettre Netanyahou devant le fait accompli, considérant qu’il est sous la pression de Trump pour signer des accords au Liban et à Gaza. »


Il fait également remarquer que « du côté des Israéliens, c’est troublant car contrairement à ce que nous pouvons lire dans certains médias occidentaux, il n’est pas seulement question du « désarmement » du Hamas, mais du démantèlement complet de l’organisation à Gaza. Un projet qui n’a aucune réalité matérielle mais qui permet à Israël de justifier la poursuite de ses crimes au motif de ne viser que des membres de l’organisation : journaliste, personnel médical, acteur social… »


De plus en plus de pays du Moyen-Orient sont pris dans une tourmente économique, politique et financière voire, s’agissant de l’Arabie saoudite empruntant maintenant le sentier de la guerre. Riyad a ainsi annoncé jeudi 30 juillet, la création d’une coalition maritime regroupant une quinzaine d’États afin de sécuriser la navigation en mer Rouge, dans un contexte de tension dans le détroit stratégique de Bab al-Mandeb.

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