La banlieue Nord de Paris gravement affectée par des travaux en cascade sur les transports en commun
Caroline Constant
L'Humanité du 04 août 2026
Plusieurs lignes de RER, une ligne de métro et une ligne de tramway se retrouvent en chantier en même temps, pendant la période estivale. Les usagers sont laissés à leur sort, les élus protestent.
Comment les cerveaux des dirigeants de la RATP et de la SNCF fonctionnent-ils, pour imaginer que l’on peut couper, pendant quasiment toute la durée des vacances d’été, la quasi-totalité les transports publics d’une zone entière d’Ile-de France ? Comment est-il possible que personne n’ait anticipé les problèmes que cela allait poser ?
C’est la réalité vécue depuis ce mois de juillet, et au moins jusqu’au 17 août, par les dizaines de milliers de banlieusards du Nord de Paris. Pour cause de travaux d’entretien et de rénovation, dont personne ne remet en doute le bien-fondé, les lignes du RER B et D sont suspendues en partie, la ligne H fonctionne en mode dégradé, la partie de la ligne 13 du métro est stoppée entre les stations La Fourche et Saint-Denis Basilique, et le tramway 1 ne dessert plus Asnières depuis un accident contre un pont sur l’Ile-Saint-Denis, en 2025, et jusqu’à septembre 2026. Conclusion : des dizaines de milliers de personnes sont pénalisées dans leurs déplacements, y compris pour aller travailler, le tout dans un contexte de très fortes chaleurs.
« On est bien loin de la période des Jeux olympiques »
Des lignes de bus de remplacement sont mises en place. Mais elles sont forcément bondées et insuffisantes : comme le rappelle Le Parisien, « une rame de RER B peut transporter jusqu’à 1 700 passagers, contre une centaine pour un bus standard. Il faut donc dix-sept véhicules pour compenser l’absence d’un seul train ». Les autres lignes du réseau sont aussi affectées.
Ile de France Mobilité, qui gère les finance les transports dans la région a prévenu les usagers que « les temps de trajet seront allongés » sur la période. Le PCF et le groupe Communiste et Citoyen de Saint-Denis-Pierrefitte le constatent :
« Le plus révoltant n’est pas l’existence de travaux, nécessaires pour entretenir et organiser les réseaux. C’est l’absence totale de coordination », sans « aucune offre de remplacement à la hauteur des besoins ».
« On est bien loin de la période des Jeux olympiques (en 2024, NDRL), où notre ville bénéficiait d’une desserte exemplaire. Quand il fallait accueillir le monde entier, les solutions existaient », remarquent, amers et acerbes, les communistes du secteur. Amertume d’autant plus vive que cette situation touche « les populations les plus modestes, les premiers de cordée, ceux qui ont fait tourner le pays pendant le Covid ».
Les élus du secteur réclament que le Pass Navigo soit remboursé sur les deux mois d’été
Le président socialiste du conseil départemental de Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel, admet qu’en Seine-Saint-Denis « les habitants dépendent beaucoup des transports publics ». Il demande un renforcement des bus de remplacement, notamment aux heures de pointe, des véhicules climatisés et accessibles, ainsi qu’un geste commercial pour les usagers.
« Ils paient le même prix pour un service dégradé, pointe-t-il, en suggérant qu’Île-de-France Mobilités rembourse, même partiellement, le Pass Navigo, la carte de transport des Franciliens. « Les transports de substitution, l’information des voyageurs, l’accompagnement sur le terrain, la fréquence des dessertes et la coordination entre l’ensemble des opérateurs doivent être à la hauteur des contraintes imposées aux usagers », s’indigne-t-il.
Le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, demande qu’« une réunion de crise soit organisée en urgence, réunissant l’ensemble des acteurs concernés : la Région Île-de-France, Île-de-France Mobilités, la SNCF, la RATP, les collectivités territoriales concernées ainsi que les représentants des usagers ». Lui aussi demande que le pass Navigo soit remboursé.
Saisie, la présidente de la région, Valérie Pécresse, a annoncé sur les réseaux avoir « saisi Jean Castex et Xavier Piechaczyk, en tant que présidents de la SNCF et de la RATP afin de leur demander de renforcer les solutions de transport de substitution ainsi que les dispositifs d’information et d’accompagnement des voyageurs ».
Pour le parti communiste, « à l’heure où fin du monde et fin du mois sont plus que jamais liés, il est impensable de ne pas soutenir des transports en commun moins chers et plus accessibles ». Tout comme il est fou de ne pas réfléchir le nécessaire travail d’entretien du matériel de manière globale sur une zone.
