La soit-disant démocratie israélienne !

Publié le par FSC

Benjamin König
L'Humanité du 24 septembre 2026

 

La Liste arabe unie de Mansour Abbas a été exclue, ainsi que les candidats Sami Abu Shehadeh et Ofer Cassif (ici au centre), député sortant du Parti communiste israélien.
© POOL/GETTY IMAGES EUROPE/Getty Images via AFP

 

L’ensemble de la Liste arabe unie, une coalition de partis arabes israéliens, ainsi que le candidat Sami Abu Shehadeh et le député juif communiste sortant Ofer Cassif, ont été exclus de la possibilité de se présenter aux législatives. La commission a rendu ce jeudi sa décision concernant d’autres recours, notamment contre des partis d’extrême droite, qui, eux, n’ont pas été exclus.


Le spectacle désolant offert mercredi 23 et jeudi 24 septembre par la Commission électorale centrale révèle à quel point la politique et l’ensemble de la société israélienne sont minées par la haine et l’exclusion. Le 23 septembre, cette commission, composée d’un juge issu de la Cour suprême et de députés de la Knesset, a voté à une très large majorité (18 voix contre 5) pour écarter toute la gauche israélienne des législatives prévues le 27 octobre prochain.


Ainsi, toute la Liste arabe unie de Mansour Abbas a été exclue, de même que les candidats Sami Abu Shehadeh, ancien député de 2019 à 2022 et chef du parti de gauche Balad, ainsi qu’Ofer Cassif, député sortant du Parti communiste israélien.
Le recours avait été déposé par le Likoud, le parti de Benyamin Netanyahou. Le Maki (Parti communiste israélien) et sa coalition Hadash ont dénoncé « un bafouement flagrant des règles les plus élémentaires du jeu démocratique ».
« La commission est politique et je n’en attendais rien, je suis convaincu que la Cour suprême annulera cette décision » a pointé Ofer Cassif sur la chaîne publique Kan, ajoutant qu’il « servait la société de manière plus fidèle, plus humaine, plus démocratique et plus juive que n’importe lequel des signataires de ce stupide recours ».

Une commission « dépourvue d’impartialité »


Ces décisions font grand bruit au sein de la société israélienne : dans une analyse publiée par le quotidien de centre gauche Haaretz, l’ancienne procureure générale adjoint Dina Zilber dénonce une commission « politisée, dépourvue d’impartialité et contrôlée par la coalition du premier ministre, Benyamin Netanyahou ».
Surtout, elle s’inquiète de la dérive de l’ensemble de la société israélienne : « Cette multiplication des demandes de disqualification témoigne une fois de plus de la faiblesse démocratique, de la polarisation et de l’intolérance qui couvent au sein d’une société cherchant à restreindre ce qu’elle considère comme une compétition politique légitime, et à marginaliser de larges pans de sa population », écrit-elle, en référence au 20 % d’arabes israéliens.


Ces manoeuvres pathétiques ne sont en réalité pas nouvelles. Le journaliste et historien Joshua Leifer rappelle que « la tentative d’empêcher les partis dirigés par des Arabes est l’un des rituels les plus pervers qui caractérisent la période électorale israélienne ».
Mais à la différence des précédents scrutins, le président de la commission, Noam Sohlberg, a cette année pris part au vote pour exclure Sami Abu Shehadeh, contrairement à un usage démocratique en vigueur depuis des décennies.

La Cour suprême israélienne comme garde-fou


Ce jeudi, la Commission électorale a poursuivi l’examen des recours. Trois avaient été déposés contre les partis d’extrême droite, et notamment contre Otzma Yehudit (Force juive), le mouvement du ministre suprémaciste Itamar Ben Gvir. Le recours portait sur son « idéologie raciste » et sur le fait que le ministre et son parti portent « atteinte à la démocratie ».
Sans surprise, la commission n’a pas disqualifié l’extrême droite. Le vote a été serré, 11 voix contre 10 et une abstention, mais le résultat est là : la gauche est exclue, l’extrême droite suprémaciste non.


Un autre recours concernait les Démocrates, le parti de centre gauche issu de l’ancien Parti travailliste. Un mouvement politique historique : jusqu’en 1977, tous les premiers ministres d’Israël en étaient issus. L’exclusion des Démocrates signerait non seulement la fuite en avant de la droite israélienne, mais aussi la négation de sa propre histoire.
Heureusement, un garde-fou existe : la Commission électorale centrale, anomalie démocratique, n’a pas le dernier mot. C’est la Cour suprême israélienne qui doit valider ou non ces exclusions, et selon Dina Zilber, « des critères clairs d’examen des demandes de disqualification existent, établis par une jurisprudence constante », notamment les valeurs « universelles de droit de vote et d’éligibilité ».


Cette même Cour suprême, que Benyamin Netanyahou voulait précisément mettre au pas, apparaît comme le dernier rempart de l’État de droit. Mais, en ces temps très inquiétants pour la société israélienne, tout peut arriver. D’autant que le juge Noam Sohlberg, président de la commission électorale bidon, est aussi… vice-président de la Cour suprême.

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