« Sanctionnez Israël et libérez la Palestine » : France Télévisions supprime le replay d’Adèle Haenel dans « La Grande Librairie »

Publié le par FSC

Margot Bonnéry
L'Humanité du 11 septembre 2026

Adèle Haenel dans « La Grande Librairie », mercredi 9 septembre.
© Capture d'écran la grande libraire/France Télévision

 

L’actrice et militante s’est exprimée sur le génocide à Gaza lors de sa « carte blanche » dans l’émission La Grande Librairie. Au nom de l’absence de contradiction, France Télévisions a dépublié la vidéo de sa plateforme.


Le sort des Palestiniens est-il une variable d’ajustement ? La comédienne Adèle Haenel, qui a évoqué en trois mots le génocide à Gaza en a fait les frais : France Télévisions a littéralement éradiqué le replay de la Grande Librairie (France 5) du mercredi 9 septembre, dans lequel la comédienne s’exprimait.


Augustin Trapenard, comme chaque semaine, a invité l’actrice et militante Adèle Haenel à prendre la parole, face caméra, pour une carte blanche. « C’est le principe de La Grande Librairie », rappelle le présentateur. « Ce moment de parole totalement libre est une manière de faire exister la littérature, un acte de création aussi », continue-t-il avant de laisser sa place à son invitée, le regard face à la caméra. Cette pastille, Adèle Haenel l’a saisie pour évoquer le génocide à Gaza.


Pendant trois minutes, l’actrice déroule son texte, à la fois puissant et juste. Elle livre des mots sur la libération de la parole, en particulier pour les victimes de violences sexuelles. Ce sujet la touche particulièrement. Adèle Haenel en a aussi été victime par le cinéaste Christophe Ruggia lorsqu’elle avait douze ans. Elle se lance : « Cette fois-ci tu vas parler, (…) la peur accélère ton cœur, mais là, dehors, tu t’étais juré de ne pas reculer. Pour toi, et toutes les autres qui parlent dans ta voix. Alors le mot tombe : « Il m’a violée ». Sujet, verbe, COD. La phrase aiguisée, courte et pointue fend l’espace ».

Manque de contradictoire selon la direction de France Télévisions


Après avoir repris son souffle, la trentenaire poursuit : « Moi aussi j’ai pris une décision : je vais parler. Le premier mot sera un saut dans le silence télévisuel qui englue le pays. Ce brouhaha médiatique qui masque sans répit l’absence omniprésente de certaines paroles. Pareillement, la phrase est courte. Et pareillement j’ai peur. Mais puisque je suis ici, il faut parler pour redire ce qu’il y a dans ce silence afin que tout le monde l’entende. L’État d’Israël commet un génocide en Palestine et la France est complice. N’acceptez pas l’inacceptable. Alors sanctionnez Israël et libérez la Palestine ».


Sur les réseaux sociaux, mais aussi sur les chaînes d’information en continu comme France Info, BFMTV et CNews, la séquence est reprise partout. Mais, entre-temps, France Télévisions a supprimé le replay de sa plateforme : « Erreur 404. La page est introuvable. Il semblerait que la page que vous recherchez n’existe pas ou qu’elle soit inaccessible. » Contacté par Télérama, le groupe justifie cela par le manque de contradiction à la position d’Adèle Haenel. « Suite à l’analyse de la séquence, à titre conservatoire, nous avons procédé à la dépublication de la vidéo » pour non-respect du cahier des charges, écrit la direction de France Télévisions au magazine.


Besoin d’un contradictoire ? France Télévisions aurait donc peur d’affirmer sur le service public que des milliers de Palestiniens se font tuer par l’État d’Israël ? Selon une source interne contactée par Télérama, le groupe aurait voulu « prouver sa bonne foi à l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom), qui aurait déjà été saisie par plusieurs téléspectateurs à la suite de la polémique suscitée par les propos de l’actrice ».


Ce contradictoire est-il vraiment nécessaire, quand la Cour pénale internationale a délivré des mandats d’arrêt contre Benyamin Netanyahou, au lendemain de l’annonce de sanctions économiques par douze pays européens contre Israël, quand toutes les organisations internationales s’inquiètent de la colonisation brutale et ses conséquences ? Il suffit de renvoyer ces liens vers l’Arcom, qui saura faire son travail. Et qui jamais de son côté ne dépublie une vidéo avant de l’avoir examinée.
Depuis la publication du rapport contre l’audiovisuel public du député ciottiste Charles Alloncle en mai 2026, la direction de France Télévisions courbe l’échine. En taisant la sordide actualité internationale, elle semble se soumettre aux pressions extérieures. Pourtant, les Français ont plus que jamais besoin d’une information de qualité, de la vérité et d’un audiovisuel public fort.

 

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