TRUMPISME et maccarthysme macronien
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Visée par un arrêté ministériel d’expulsion et assignée à résidence, l’ancienne directrice de RT France paie moins une clandestinité qu’une parole jugée trop alignée sur Moscou. Ses détracteurs célèbrent une victoire contre l’ingérence, ses soutiens dénoncent une inquiétante police des opinions. Son avocat a déclaré former un recours.
La France n’est pas en guerre avec la Russie, comme l’avait expressément rappelé Emmanuel Macron. Mais l’invocation de la « guerre hybride » justifie désormais toutes les mesures d’exception : les autorités ont levé une arme administrative contre une chroniqueuse parfaitement identifiée, invoquant des motifs d’une gravité inédite.
Une « menace particulièrement grave »
Mercredi 29 juillet, le ministère de l’Intérieur a remis à Xenia Fedorova un arrêté d’expulsion, selon une information de Libération rapidement confirmée par l’AFP. Le document va jusqu’à estimer que son comportement « porte atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État » et que sa présence constitue une « menace particulièrement grave et actuelle pour l’ordre public ».
Toujours selon l’exécutif, elle aurait participé à des campagnes destinées à « saper la confiance » des Français dans leurs institutions en relayant les « narratifs » de Moscou.
Son titre de séjour avait pourtant été renouvelé en 2024 pour dix ans, une info révélée par Le Monde en avril dernier. Le quotidien du soir, toujours en pointe de la campagne visant Xenia Fedorova, révélait encore la semaine passée que celle-ci avait « échappé » aux sanctions européennes : « Paris a temporisé », écrivaient ses journalistes, visiblement déçus. Finalement, l’exécutif aura cédé à la pression médiatique.
Elle est aujourd’hui assignée à résidence et tenue de pointer quotidiennement au commissariat.
Chez les partisans de Kiev, l’euphorie de la victoire
Jean-Noël Barrot la qualifiait déjà de « propagandiste patentée ». Sur X, les comptes partisans de Kiev mobilisés contre sa présence dans les médias ont exulté : « VICTOIRE !!! […] XENIA FEDOROVA SERA EXPULSÉE DU TERRITOIRE FRANÇAIS ! », avant de conclure : « Notre démocratie a su faire face aux ingérences russes ! »
« Bons baisers de Beauvau », pouvait-on aussi lire en Une de Libération. « L’expulsion de Xenia Fedorova doit aller jusqu’au bout, la France n’est pas une serpillière et ne peut pas continuer à abriter et nourrir ses pires ennemis », cinglait sur X la directrice de Franc-Tireur Caroline Fourest. « Madame Fedorova, la Russie de vos rêves vous tend les bras (…) maintenant que vous séjournez illégalement sur le territoire français », postait l’eurodéputée macroniste Nathalie Loiseau, qui avait exigé sa mise sous sanctions en juin.
Ces réjouissances laissent néanmoins l’impression que la mesure vise d’abord une parole jugée indésirable, plutôt qu’une infraction pénale publiquement établie.
Quel que soit le point de vue qu’on peut avoir sur la Russie ou l’Ukraine, Fedorova n’avance pas masquée. La chroniqueuse ne dissimule ni sa nationalité ni ses convictions. Elle assume de défendre la position russe, comme d’autres commentateurs défendent sur les plateaux les intérêts ukrainiens, américains ou israéliens – souvent avec moins de transparence.
Dans un paysage où la lecture ukrainienne et occidentale du conflit domine largement, sa présence apportait au moins une contradiction identifiable. Finalement, le pluralisme ne consiste pas à approuver cette voix, mais à lui répondre.